Zélés Gaullistes

Foutue période…. On vient d’apprendre la mort de l’avant-dernier compagnon de la libération. Remarquez, il est certainement parti avec le sourire, croyant revivre sa jeunesse, époque où sous couvre-feu, regroupés autour de la TSF, les gens glanaient quelques nouvelles, faisaient le tri entre mauvaise foi, contre-vérité et stricte propagande.

Petite nuance, désormais le mensonge a changé de nom, on parle de fake news, de faits alternatifs, on fait de la pédagogie… C’est beaucoup plus chic !
La nouvelle est tombée quelques jours à peine après le cinquantième anniversaire de la mort du Général. Aux temps d’avant, face à tant d’adversité, l’arrivée imminente du Beaujolais nouveau nous aurait remis du baume au cœur. Mais cette année, il risque de rester longtemps en barrique, ce pinard… S’il ne finit pas en vinaigre ! Car plus un lieu de culte, plus un lieu de cuite, ou le divin breuvage puisse encore communier avec ses ouailles. « Celui qui croyait au ciel. Celui qui n’y croyait pas. » redeviendrait donc d’actualité ? Unis ?… Oui, mais dans la tempérance et la soumission.
La mort du général, quand l’annonce est tombée sur les télescripteurs (c’était comme ça qu’on disait à l’époque), ça a du foutre un sacré coup. Pourtant, aujourd’hui, il faut l’admettre, le bon peuple de France a eu grand tort de se morfondre. En effet, tandis que le souvenir de De Gaulle se muait doucement en un marqueur des temps de cocagne, le Gaullisme, lui, s’enracinait profondément comme LA référence politique. Aujourd’hui, même les royalistes ont succombé. Ne me demandez pas par quel tour de passe-passe, mais le constat est clair, d’un bout à l’autre de l’hémicycle, pas un qui ne soit pas plus Gaulliste que De Gaulle… De tendances certes diverses et quelque peu variées, mais gare à qui se risquerait de salir, ne serait ce qu’un peu, la mémoire du grand homme… Un conseil, à vous les islamistes, vous voulez qu’on vous fiche la paix ? Et bien revendiquez haut et fort l’héritage du Général… Hop, ni vu ni connu…

pathros


Pour illustrer la plasticité du Gaullisme, j’aimerai vous raconter une histoire me venant de mon grand père. Sa mère, mon arrière grand-mère donc, n’appréciait guère De Gaulle : elle l’appelait « Charlot »… À une époque où la télévision faisait sa timide apparition dans la vie des gens, on la regardait de temps en temps, chez un voisin ou au café du coin. Le président l’avait investie, en plus de la TSF, ce qui irritait ma grand-mère. « Charlot, y en qu’pour lui » râlait-elle. Mon grand père était tout minot. Le jeudi, il allait au patronage, ou l’après midi on donnait aux gosses une séance de cinéma, avec immanquablement un film de Charlie Chaplin. Mon papi trouvait ça formidable que le président de la république soit Charlot : il était tellement drôle…
Mort, il y a deux ans, à plus de 80 ans, je constate avec tristesse que pendant plus de 75 ans de sa vie rien n’est venu contredire sa confusion d’enfant : le président de la république c’est toujours Charlot.

Pathros

Narration : Mélaka