OK Jardinage

Je sais que c’est très égoïste de dire ça, mais j’ai adoré être confiné en 2020. Évidemment, pour les citadins enfermés dans des studios, ça a dû être vécu comme une peine de prison, Netflix en plus, fissure anale en moins. Moi, je vis en pleine campagne, j’ai un jardin, les gosses ont fait de la balançoire, en plus la météo était fabuleuse, ce confinement s’est transformé en une plaisante période de vacances. Mais surtout, j’ai découvert une activité qui m’a occupé et enrichi : le jardinage.

J’ai toujours été fasciné par les gens capables de subvenir à leurs besoins alimentaires sans dépendre des commerces. J’ai un beau-frère qui entretient un fucking potager dans lequel il cultive moult variétés de légumes qu’il cuisine ensuite ou met en conserve pour tout l’hiver. Mais bon, il y a un prix à payer que je n’étais jusqu’alors pas prêts à dépenser : le temps ! Le gars n’en est qu’à la première saison de Walking Dead, est complètement largué quand je fais allusion à un même hyper connu des réseaux sociaux, et ne profite pas de ces fantastiques vidéos sur Tik Tok où des MILF à gros seins, en quête d’un coup d’un soir, mais surtout d’un renflement de leur ego, mesurable en « likes » et commentaires du type « trop fraîche », s’exhibe sans aucune pudeur sur des micro-danses normalement réservées aux adolescentes, collant la honte à leurs enfants, mais la gaule à leurs copains, créant de ce fait jalousie familiale, disputes, incestes et autres conséquences glauques… Mais surtout, alors qu’il n’a pas 40 piges, mon beauf porte des bottes en caoutchouc, et ça, non, c’était inenvisageable.

Pendant le confinement, n’ayant que ça à faire, je me suis lancé dans l’aventure potager. Et j’ai compris pourquoi mon beauf ne glandait pas sur le net, c’est du boulot de faire pousser ses tomates. Et j’ai compris aussi, pour les bottes en caoutchouc après avoir totalement ruiné mes Converse All Star en nubuck, à force de patauger dans la terre humide.

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Bon, en tant que débutant, je n’ai pas récolté 40 kilos de tomates, je n’ai pas fait de bocaux, j’ai réussi à en manger quatre, en juillet, les autres ayant muri puis pourri pendant mes vacances à la mer, mais ce n’est pas grave, parce que mes tomates, bien qu’infiniment moins bonnes que celle de ma grande surface favorite, c’étaient les miennes, et j’étais fier. Ça m’a aussi permis de sympathiser avec Fernand, mon voisin qui passe lui aussi sa vie en bottes, à brasser de la terre, et qui m’a donné pas mal de bons conseils, comme « Il ne faut pas couper les fleurs des pieds de tomates pour un faire un mini bouquet, sinon vous n’aurez aucun fruit » ou « C’est normal qu’il n’y ait pas de carottes le long des tiges, car elles sont en dessous, sous la terre ». On en apprend tous les jours.

N’empêche que cette année, fort de mes nouvelles connaissances, je vais avoir de belles tomates, des carottes juteuses et peut-être même des fraises. D’ailleurs, Fernand m’a dit qu’il fallait que je plante tout ça dès maintenant. Mais bon, je suis sûr que ça peut attendre un peu, y a une nouvelle série qui vient d’arriver sur Netflix, je n’ai pas encore reçu mes bottes en caoutchouc des Etats-Unis – j’ai trouvé un modèle super fun avec un imprimé Dragon Ball – et puis surtout… j’ai un peu la flemme. D’autant que dans ma grande surface favorite, y a souvent des promos sur les tomates qui viennent du Maroc.

David Berry

Narration : Mélaka
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