L’environnement, ça commence à bien faire !

J’habite non loin d’un site classé SEVESO (traduction : si ça pète, je vais me changer en zombie comme dans Resident Evil). C’est le même genre d’usine de produits chimiques que Lubrizol à Rouen… Dans le canard local, un journaliste courageux pose LA question au big boss de l’usine à côté de chez moi : quel est l’impact de la pollution sur les cours d’eau et l’eau potable ? Décontracté, le boss a simplement rappellé le nombre d’employés à sa disposition. En gros, les trois-quarts de la population de la région !

Réponse hors-sujet ? Complètement ! Mais il y a une menace sous-jacente dans cette réponse sibylline : « si vous venez m’emmerder avec des normes environnementales qui coûtent cher, je délocalise l’usine en Inde ! ». La conséquence d’un tel départ serait un chômage de masse et une région sinistrée – les nouvelles usines géantes sont bâties dans des pays qui se foutent de la pollution, il ne reste chez nous que des structures assez anciennes et pour tout dire anachroniques. Nous voilà face à un dilemme. Personne n’a vraiment envie de respirer les fumées qui sortent 24h/24 des cheminées de l’usine, ni de se doucher avec une eau douteuse, mais qui a envie de vivre dans une ville fantôme ?

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Pour moi, la messe est dite depuis longtemps : économie et écologie sont irréconciliables car elles poursuivent des buts antinomiques. L’une court à l’infini après les profits en bâtissant aéroports et centres commerciaux, l’autre court après la préservation du vivant. La « croissance verte » est une arnaque qui sert à repeindre en vert Total et consorts. Je souhaite l’avènement de la décroissance économique et l’application stricte du principe « pollueur / payeur » qui, forcément, entraîneraient une casse sociale monstrueuse.

Qui va voter pour vous si vos mesures effrayent les patrons et promettent aux ouvriers le chômage ? C’est ce qui explique la frilosité de la « gauche de gouvernement » (le PS et hier le PC) sur la question environnementale, alors que l’extrême gauche (LFI et bien entendu EELV) est en pointe sur le sujet. Prêcher l’écologie pour l’écologie n’a, dans ces conditions, pas de sens. La décroissance doit s’accompagner d’un solide plan de cohésion concernant au moins trois points : 1) redistribution du temps de travail (passer de 35 à 28 heures par semaine sans perte de salaire, proposition débattue puis rejetée par la Convention citoyenne pour le climat). 2) Mise en place d’un revenu de base (sous condition de ressources, donc différent de celui défendu par Benoit Hamon : les riches n’ont pas besoin de pourboires !). 3) Les riches, justement, seront mis à contribution pour financer les points précédents (augmentation des impôts des grosses fortunes et des entreprises, soit le programme fiscal de LFI).

Vous allez me répondre « Et la valeur traaavail dans tout ça ? ». Mais pouvons-nous penser deux minutes autrement qu’en capitalistes ? Tous les efforts consacrés par les nombreux bénévoles dans les associations, c’est du pipi de chat ? Non, c’est du travail ! Le temps libéré par le revenu de base permettrait de doper le travail non rémunéré, c’est-à-dire pour beaucoup d’entre-nous le « travail » préféré, celui qu’on fait par passion et non par intérêt.

À vrai dire, la crise du Covid oblige les gouvernements à être plus vertueux – nous n’avons jamais été plus écolos que durant les phases de confinement. Mais une fois passée l’épidémie, le robinet des aides aux entreprises sera coupé, et la crise économique va nous toucher de plein fouet. Le travail salarié va devenir une rareté pour laquelle les gens vont se battre et être corvéables à merci. La machine économique va repartir et donc polluer plus de belle. Le gouvernement va renoncer aux mesures contraignantes pour les entreprises en matière environnementale pour « ne pas grever la compétitivité » (mais comment voulez-vous être compétitif dans la mondialisation, comment rivaliser avec des Chinois payés trois cacahouètes !). Au mépris de la pauvre Convention citoyenne pour le climat, Macron va dire, comme Sarkozy en son temps, « L’environnement ça commence à bien faire ! ». 

Le Marteau

Narration : Mélaka
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