Les élections régionales prévues au mois de mars 2021 vont être repoussées en raison de l’épidémie de Covid-19. Il faut dire que les élections municipales de mars 2020 ont été catastrophiques, avec à la clé un record d’abstention. Normal : vague après vague, le coronavirus nous submerge et personne n’a envie de mettre le nez dehors, encore moins un dimanche pour exercer son devoir de citoyen. Que faire alors ? Le gouvernement ne peut repousser indéfiniment les élections sans être soupçonné de confisquer le pouvoir. La solution réside dans le vote par Internet.
Le gouvernement y est hostile en raison du « risque de fraude ». Sauf que la fraude existe déjà pour le vote en isoloir… Il suffit de se remémorer le « système Jean Tiberi », qui faisait voter des sympathisants parisiens qui ne résidaient pas dans son arrondissement, ainsi que quelques électeurs décédés… C’est pratique, les morts ne risquaient pas de gueuler ! Ou encore, le « système Serge Dassault », qui payait des caïds de cité à travers des associations fantoches, afin que les habitants terrorisés se rallient à la cause du marchand d’armes milliardaire.
Reste que la fraude sur Internet est effectivement plus facile. Si on vote demain comme pour le lancement de la candidature de Mélenchon à la présidentielle, alors là on est carrément mal ! Il suffisait d’inscrire un nom, une adresse mail et un code postal. Nul besoin d’envoyer une signature par courrier, ni même de fournir le moindre justificatif. Des sympathisants LFI ont donc voté plusieurs fois en utilisant de multiples identités, ce qui a fait gonfler le total à plus de 150.000 électeurs (seuil minimal que Mélenchon s’était lui-même fixé) en quatre petits jours. Mélenchon a donc inventé et remporté la primaire à candidat unique. Ne riez pas, ce n’est pas une blague !
La raison évidente de cette parodie de démocratie ? Griller la priorité à sa concurrence interne (François Ruffin) et externe (les socialos, les écolos et les cocos). Mais il y a une autre raison, d’ordre logistique. Si Mélenchon n’a mis aucune limitation aux votes, c’est parce qu’il n’avait de toute façon pas les moyens de vérifier leur conformité. Le vote par Internet demande en effet bien plus de contrôles que le simple vote dans l’urne. Un dispositif électoral digne de ce nom requiert de garantir l’identité des votants et le secret du vote, de s’assurer du bon enregistrement de chaque vote, et de certifier le décompte global des voix. Sans oublier d’être réactif en cas de signalements de coercition ou d’achat de voix. L’organisation du vote ne sera jamais infaillible, mais faire tout le contraire de Mélenchon serait déjà un pas énorme dans la bonne direction.

En 2020, près de 48 millions d’électeurs sont inscrits sur les listes électorales. Sur ce total, 10,5 millions d’électeurs se sont abstenus au premier tour de la présidentielle 2017, soit la bataille démocratique qui compte le plus de participation. Il est probable qu’une majorité des électeurs qui manquent à l’appel exerceraient leur droit s’il pouvait facilement voter de chez eux ou grâce à leurs smartphones. Le réservoir de voix chez les abstentionnistes est tellement grand que c’est « le premier parti de France ». Pour rappel, Macron qui était arrivé en tête au premier tour n’avait que 8,6 millions de voix. Cette dizaine de millions d’électeurs aurait pu changer le cours de l’élection en 2017. Elle peut encore tuer le match retour Macron / Lepen en 2022. Le vote par Internet est donc vital pour notre démocratie. Néanmoins, si vraiment le vote par Internet marche d’enfer, les complications logistiques ne manqueront pas. Une dizaine de millions de voix à contrôler de manière rigoureuse et à comptabiliser en plus va forcément ralentir l’annonce des résultats. Quand on voit le bordel aux USA, avec Trump qui annonce sa victoire envers et contre tout, ça donne pas très envie. Mais il s’agit d’un pays qui compte 328 millions d’habitants – les résultats du premier tour seraient donc connus chez nous avant l’échéance habituelle des 15 jours entre les deux tours. Voilà qui devrait donner matière à réflexion à nos vieux singes du Conseil constitutionnel.
Le Marteau