La performance

Notre société fondée sur la compétition nous demande d’être toujours plus performants. Le terme de performance a une connotation valorisante. Mais de quelle performance s’agit-il ?

Il n’y a qu’à constater les épuisements, les burn-out, pour se convaincre que la performance demandée ne consiste pas à être plus intelligent ou plus créatif. L’exigence se porte uniquement sur la cadence. Il s’agit d’en faire plus et plus vite. Autrement dit, de faire seul le travail de deux personnes. La concurrence, au niveau du travailleur, se résume à une course de vitesse. On demande à l’être humain d’être performant quantitativement et non qualitativement.

Il est vrai que pour exercer son intelligence et sa créativité, il faut être détendu. Ce n’est pas en courant à toute vitesse, dans un climat de stress et de fatigue, qu’on va inventer. Ainsi, la compétition acharnée enlève les conditions d’un travail de qualité.

La métaphore du sport, couramment utilisée dans le discours néolibéral sur les gagnants et les perdants, illustre bien cette réalité. On fait marcher les muscles, pas la tête.

Mais quelle est cette urgence qui nous oblige à cette course harassante ? La guerre économique. La mise en concurrence de tous les travailleurs, c’est-à-dire leur conflit permanent, les divise les uns vis-à-vis des autres, et les unit dans un labeur commun au profit de ceux qui les exploitent. Ils ne collaborent pas entre eux, ils collaborent malgré eux pour les actionnaires.

performance

Ainsi, le terme de performant est trompeur. Il y a juste des travailleurs qui courent plus vite que d’autres.

Il faut alors enlever à l’idée de performance sa dimension valorisante. Plus on est performant, plus on est exploité, plus on collabore. Être performant, c’est accepter d’être remplacé par encore plus performant, que ce soit quelqu’un qui donne encore plus à l’entreprise ou un robot.

Quant à la machine qui est plus performante que l’humain, c’est aussi parce qu’elle va plus vite. C’est comme à la guerre. Avant d’avoir des stratégies savantes, Napoléon appliquait la première des stratégies : ses soldats marchaient plus vite que les autres.

Il y a une vitesse pour travailler comme il y a une vitesse pour marcher. Au-delà, nous quittons l’humanité. Le droit du travail devrait imposer des limitations de vitesse comme on en impose pour les voitures. Celui qui travaille trop vite devrait avoir une amende pour excès de vitesse. Car les accidents du travail, comme sur la route, sont dus aux excès de vitesse.

Jean-Luc Coudray

Narration : Félix Lobo