La crise du Covid nous a appris qu’il est très risqué de jouer à Madame Soleil. Au risque de me planter lamentablement, l’exercice demeure passionnant ! En 2022, soit le Covid emportera Macron et ses sbires dans les poubelles de l’histoire (soupir), soit il sera réélu (l’angoisse). Et après ?
Projetons-nous en 2023. Après les trois tentatives de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen pour devenir calife à la place du calife, un zoo fait d’équations inconnues s’ouvre à nous. Ces deux animaux politiques étaient les seuls à proposer une transgression réelle par rapport à la longue liste des présidents soumis au diktat de Bruxelles (Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron). Leur poids politique en faisait des éléphants : 7 millions pour Mélenchon et 7,6 millions pour Le Pen au premier tour des présidentielles en 2017. Place aux jeunes lions…
Au Rassemblement National, les choses sont assez claires. Il n’est pas impossible qu’un Florian Filippot revienne dans le jeu, mais le poids de sa ligne frontiste et « sociale » parait dérisoire au regard de ses précédents scores électoraux (et de la cuisine interne au RN, guère démocratique puisque reposant sur une dynastie). Marion Maréchal, petite fille de Jean-Marie Le Pen, ne devrait avoir aucun mal à imposer sa ligne « illibérale » au parti. En gros, cela donnerait un cocktail d’Alain Madelin (mater la classe prolétaire en pilonnant les protections sociales) et de Christine Boutin (réimposer le catholicisme pour mater l’islam). L’urgence pour Marion Maréchal serait de parvenir à annexer le parti Les Républicains et de gommer l’étiquette « infréquentable » du RN. Si elle y parvenait au sein d’un nouveau mouvement (qui pourrait s’appeler « Le Rassemblement républicain », pourquoi pas), sa victoire serait facile !

Enfin, facile, cela reste à voir… Car à trop pencher à droite, Marion Maréchal va priver le RN d’une base importante de son électorat. La carte des départements conquis par le RN lors des élections européennes de 2019 indique que l’électorat frontiste est coupé en deux : le quart Nord-Est et le quart Sud-Est. En gobant Les Républicains, le RN va conserver le Sud-Est, bourgeois et catholique, mais va fatalement perdre le Nord-Est, bastion ouvrier…
En théorie, grâce à la ligne illibérale de Marion Maréchal, La France insoumise a un boulevard devant elle pour récupérer les territoires de gauche perdus depuis des lustres. Mais tout va dépendre de l’organisation de la succession de Mélenchon entre ses deux pôles réputés « irréconciliables ». Si le courant laïc et républicain de François Ruffin l’emporte, alors LFI a un bel avenir devant elle. Si le courant pro-islam de Danièle Obono gagne, la reconquête des électeurs frontistes est impossible – mais LFI va alors chercher à gagner les voix des musulmans, qui sont une force politique qui monte. Il existe aussi une possibilité intermédiaire : Mélenchon pourrait imposer à tous le successeur de son choix. En effet, Mélenchon a à maintes reprises désigné Alexis Corbière comme son héritier… Mais le costume est définitivement trop grand pour lui. Cela pourrait au mieux retarder l’implosion de LFI, qui parait inévitable avec les vents contraires en présence. Ho, un doigt se lève au fond de la salle… Oui ? « Comment ça, je suis un oiseau de malheur qui n’a pas parlé des Verts comme force disruptive au capitalisme » ? Eh bien, en voilà une bonne remarque ! Ce sera pour le mois prochain faute de place, promis !
Le Marteau