La bite couine !

Hé oui, quand on prononce Bitcoin en taiwanais, ça donne des jeux de mots débiles à souhait. Mais c’est le plus sérieusement du monde que se sont réunis du 22 au 25 mars 2021, sous l’égide de la Banque des règlements internationaux, les big boss des banques européennes et américaines afin de résoudre ce casse-tête : comment garder le monopole de la monnaie à l’ère du numérique ?

Avec l’essor du web et des smartphones, les cours des monnaies virtuelles grimpent de façon exponentielle et les boursicoteurs jouent avec le feu. L’exemple le plus délirant qui me vient à l’esprit est le Dogecoin. A l’origine, une Japonaise poste une banale photo de son clébard, qui, à force d’être partagée et détournée sur les réseaux sociaux, devient un phénomène irrationnel. Des abrutis achètent des droits de propriété intellectuels sur le nom « Doge » et un geek lance même le Dogecoin, une cryptomonnaie à l’effigie du célèbre clebs. Ça ressemble à une blague, sauf que le Dogecoin existe depuis huit ans (!) et son prix s’est envolé entre mars et avril 2021, sans que les experts avancent le début d’une explication à cette hausse.

Vous allez me dire : si ça amuse les riches de claquer leur pognon là-dedans… Sauf que la capitalisation de l’ensemble des cryptomonnaies en avril 2021 dépasse les 2 milliards de dollars, soit l’ensemble des crédits « subprimes » au moment de la crise de 2008 ! Le risque immédiat est donc l’éclatement d’une bulle spéculative. En quoi ça nous regarde ? Eh bien, les riches aiment garder leurs profits et partager les pertes, ce qui donne prosaïquement le schéma « profits privés, mais dettes publiques »…

Du coup, leurs conneries nous concernent au premier chef ! En 2008, Sarkozy a lancé un « plan de secours aux banques » de 120 milliards d’euros, puis des « plans de rigueur budgétaire pour enrayer la crise ». Cette cure d’austérité nous a éreintés, mais n’a pas suffi à rassurer les agences de notations : la France a perdu son « triple A » (garantie d’emprunts moins chers) et Sarkozy l’élection présidentielle de 2012 (bon, ça c’est le bon côté de la chose). 

Soyons honnêtes, le Bitcoin ne risque pas de déstabiliser demain l’économie mondiale. Facebook, c’est déjà moins sûr. L’ogre californien a fait plusieurs tentatives pour imposer une nouvelle monnaie (Libra, Diem), mais l’Union européenne a freiné des quatre fers en raison des menaces qui pèsent sur sa souveraineté. Pour rappel, les quatre attributs de la souveraineté sont « battre monnaie / faire les lois / rendre la justice / décider de la paix et de la guerre ». D’un coup d’œil, on constate que l’Union européenne a gobé les trois premiers piliers de la souveraineté française en imposant la Banque centrale européenne et l’euro comme monnaie / en faisant voter à l’Assemblée nationale des lois qui sont pour une part des transcriptions de directives européennes / en faisant de la Cour européenne des droits de l’homme un potentiel régulateur au-dessus de la justice française (le dernier pilier qui nous reste est l’armée et la dissuasion nucléaire, qui sont hors-sujets, donc revenons à la monnaie). La souveraineté française étant morte-vivante, c’est une souveraineté artificielle, à l’échelle du continent européen, qui résiste à Facebook.  Projetons-nous dans le pays merveilleux de Facebook, qui veut proposer des moyens de paiement rapides (sa monnaie permettrait de remplacer les prestataires bancaires) et moins chers (que l’euro ou le dollar). Si demain, les deux milliards d’utilisateurs du réseau social adoptaient la nouvelle monnaie, il y aurait une masse monétaire telle que ce serait la Banque centrale européenne qui devrait aller se coucher. Car en cas de désaccord, Facebook pourrait faire pression et réduire la part de l’euro dans son panier de devises, ce qui ferait brutalement chuter le cours de l’euro et toute notre économie du même coup. Bien sûr, c’est à ce stade un scénario de science-fiction, mais le fait que ce soit l’Union européenne qui nous protège n’est pas pour me rassurer…

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Le Marteau

Narration : Félix Lobo
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