Jacky au royaume des Talibans

Le 15 août, je pouffais mollement devant Jacky au royaume des filles sur la TNT. Ironie du sort, je m’étouffais devant le JT du lendemain en apprenant que les talibans reprenaient le pouvoir en Afghanistan. Télescopage de la fiction absurde et de la terrifiante actualité…

Mais d’abord, de quoi ça cause Jacky ? Le réalisateur Riad Sattouf avait au départ quelques souvenirs d’enfance à exorciser. En Syrie, sa cousine était tombée enceinte à 16 ans, hors mariage. Le père de l’adolescente est devenu une figure importante du village parce qu’il avait « sauvé son honneur »… en l’étouffant avec un coussin puis en l’enterrant dans un champ. Sattouf a cette phrase terrible : « Je vous parle d’un monde où le père a le droit de vie et de mort sur ses enfants. » [NouvelObs].

Sattouf voulait s’attaquer au patriarcat, mais par le rire, pour éviter de faire un plaidoyer lourdingue qui n’aurait prêché que les convaincus. Le produit final a de quoi susciter la curiosité : tous les rapports de domination entre les genres ont été inversés. Au « royaume des filles », les hommes restent tenus à l’écart des écoles, vivent de façon résignée à la maison et s’abiment dans des tâches domestiques. On se croirait en Afghanistan période talibans – sauf que ce sont les hommes qui portent la burqa ! Sattouf grossit le trait en affublant les hommes d’une laisse autour du cou, qu’ils tendent pitoyablement vers les femmes pour pouvoir se marier…

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Le régime politique du « royaume » est basé sur sa puissance militaire – une armée composée exclusivement de femmes – mais aussi sur une théocratie pour que les hommes supportent leur affreux quotidien sans broncher. Le culte farfelu d’un poney est plutôt bien vu (après tout, les hindous vénèrent bien les vaches). Si les premières scènes prêtent à sourire, la démonstration politique prend le pas sur la farce. Voir Jacky tabassé sous un évier, ou être victime à deux reprises d’agression sexuelle par des femmes (qui ne craignent rien) provoque un embarras certain. Les hommes pendus au gibet pour « faire un exemple » renvoient aux lapidations bien réelles des femmes en Afghanistan, en Iran et en Arabie Saoudite.

N’y tenant plus, Jacky se débat, mais Sattouf le traite en interview de « collabo » qui ne pense qu’à sauver sa peau. C’est bien accidentellement qu’il va provoquer un changement de régime : « Jacky est un collabo. Quand il prend conscience de la réalité qu’il ne comprenait pas, et même quand il provoque la révolution sans le faire exprès, il continue à être un collabo malgré tout. [L’AvantScèneCinéma]. La fin est terrible, car Jacky voudrait amorcer une révolution sexuelle, mais les hommes, même libérés du joug des femmes, ne sont pas prêts. Un homme entraîne les autres en criant « blasphème ! ». La soumission par la religion est tout sauf fictive, selon Sattouf : « J’ai grandi dans un village paysan sunnite, en Syrie dans les années 1980  […]. Toutes mes tantes et cousines étaient voilées ; les femmes avaient moins de droits que les hommes, qui eux décidaient de toutes choses ; et oui, la majorité d’entre elles étaient heureuses de cet état de fait et le défendaient avec ardeur. » [AlloCiné].

Les hommes analphabètes, martyrisés et superstitieux chez Jacky sont les femmes en Afghanistan d’hier ou de demain ?

Le Marteau

Narration : Mélaka