Climat :  des propositions « sans filtre »… à particules

Le roi Midas transformait en or tout ce qu’il touchait. Macron semble disposer du même pouvoir, à une petite différence près : avec lui c’est en étron que tout finit.

Prenons la Convention citoyenne sur le climat (que l’on appellera désormais « la CCC », ça va plus vite). Voilà une idée stimulante, qui pouvait produire des merveilles ! Des citoyen·ne·s sans a-priori débattent d’un sujet avec respect et esprit constructif, rencontrent des scientifiques, auditionnent des expert·e·s puis émettent des propositions pour que la France se donne enfin les moyens de respecter ses engagements climatiques. Il en est sorti par consensus 149 propositions, certaines élémentaires, d’autres audacieuses.

Que Macron oppose trois jokers (contre la taxe de 4 % sur les dividendes, les 110 km/h sur autoroute et une formulation radicale du préambule de la constitution) semblait miraculeux, il restait 146 mesures volontaristes. On allait voir ce qu’on allait voir. Vous vous souvenez de la belle promesse présidentielle sur une application « sans filtre » de ces 146 propositions restantes ? Félicitation, vous êtes encore assez bienveillant·e pour prêter attention aux promesses de Macron, vous avez un optimisme à toute épreuve. Reprise « sans filtre », qu’il disait donc en juin.

Arrive décembre, il faut passer aux choses sérieuses. Un moratoire sur la 5G (gouffre énergétique) ? Vous n’y pensez pas, nous ne sommes pas des Amish ! Une écotaxe sur les billets d’avion ? Vous allez ruiner cette belle industrie ! Une interdiction de la publicité sur les produits les plus polluants ? Oula, vous voulez me brouiller avec mes copains ou quoi ?, limitons la mesure aux seules énergies fossiles ! Une régulation plus stricte des pesticides ? Heu, les agriculteurs sont souvent chasseurs et armés, ils ont de gros tracteurs, non non, pas fâcher, sauve qui peut !

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Tiens, l’agriculture est justement concernée par deux des trois trompe-l’œil les plus consternants de la « loi climat ». La Convention citoyenne pour le climat (que l’on appellera désormais « la Convention », ça va plus vite) a demandé que la restauration collective propose obligatoirement un choix de repas végétarien. Juste un choix parmi d’autres, rien de très contraignant. C’était déjà trop, le gouvernement se contentera d’une « expérimentation » dans certaines cantines scolaires, c’est-à-dire en excluant la restauration d’entreprise. Ça a l’odeur de la mesure initiale, sauf qu’il n’en reste presque plus rien. Les membres de la Convention citoyenne pour le climat (que l’on appellera désormais « les citoyen·ne·s ») ont souhaité l’interdiction de l’artificialisation des sols par le bétonnage commercial ; le gouvernement retient une interdiction des nouveaux centres commerciaux de plus de 10.000 m². Bel enfumage, puisque 90 % des projets font moins de 10.000 m²… et les entrepôts du e-commerce ne sont pas concernés par la mesure (qu’est-ce que vous espériez ?).

Il n’y a pas à dire, la démarche gouvernementale possède une certaine cohérence. Prendre une mesure, prétendre l’appliquer, mais changer les seuils pour qu’elle n’ait plus aucun effet. Dans le genre, le malus sur le poids des voitures automobiles est un modèle. La Convention citoyenne pour le climat (que l’on n’appellera plus puisque ce billet se termine) voulait taxer fortement les voitures de plus de 1.400 kg ; le gouvernement dit OK mais choisit un seuil à 1.800 kg… qui ne concernera plus que 2 à 3 % des SUV vendus en France. Défense de ricaner. En fait, tout s’explique. Quand Macron parlait de « sans filtre », il voulait dire que les mesures ne devaient surtout rien filtrer du tout, grâce à des mailles les plus larges possibles. De ce point de vue, il tient sa promesse. Le climat repassera.

Jacquou le Croquant

Narration : Félix Lobo
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