Le crédit social est une monnaie

Nous savons qu’en Chine chaque citoyen dispose d’un nombre de points, appelé crédit social. En fonction de son comportement, réglé sur les exigences de l’État, son crédit augmente ou diminue. S’il achète des mangas japonais, il perd des points. S’il publie sur son site une ode au parti communiste, il gagne des points. S’il fréquente un ami mal noté, il perd des points. Si les caméras de reconnaissance faciale l’identifient dans la rue en train de ramasser des papiers pour les jeter dans une corbeille, il gagne des points.

Les points permettent d’obtenir des prêts plus facilement, d’ouvrir les portes de certaines écoles aux enfants, etc. Une mauvaise notation ferme l’accès aux transports publics, aux emprunts, etc.

Nous voyons que le crédit social, loin de se limiter à noter des individus, s’avère être une véritable monnaie. Cette monnaie symbolique, de par sa capacité de faciliter l’accès à certains avantages, va distinguer les riches des pauvres. Les mal notés, démunis symboliques, ne pourront ni voyager, ni proposer leurs enfants aux meilleures écoles, ni obtenir des prêts bancaires, exactement comme les exclus économiques en France. Le terme de crédit social est ainsi parfaitement clair : il s’agit bien d’une monnaie.

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Cette surveillance généralisée du citoyen correspond ainsi à une marchandisation du comportement. Bien qu’essayant de tout marchandiser, le capitalisme n’a jamais réussi cet exploit en Occident.

Le pire est que c’est une société qui se prétend communiste qui monnaye les agissements des citoyens.

Le crédit social chinois, extension du champ d’influence de l’argent, devient un capitalisme absolu.

Désormais, le chinois vit dans un marché de la bonne  ou de la mauvaise conduite.

Il s’agit d’une inversion de la valeur symbolique de l’argent. Dans nos sociétés, l’homme qui gagne beaucoup est considéré comme quelqu’un de bien.

En Chine, au lieu de s’enrichir pour devenir respectable, on s’efforce d’être respectable pour s’enrichir.

On pourrait presque y voir une méthode moins hypocrite que la nôtre puisque le comportement prime la possession. Sauf que l’attitude correcte demandée par la Chine consiste à se soumettre à un parti totalitaire.

Quand tout se monnaye, c’est que la confiance a disparu. Nous ne sommes pas étonnés de cette absence de confiance dans une société qui truffe ses villes de caméras à reconnaissance faciale.

Quand on ne croit plus à rien, il ne reste que le crédit dont l’étymologie signifie croire.

Jean-Luc Coudray

Narration : Félix Lobo