En mai 1981, un cri de soulagement accompagna l’apparition du visage de Mitterrand à la télévision. Ce 30 janvier 2022, un cri d’horreur m’échappa en voyant celui de Taubira, puis un soupir de lassitude en l’entendant dire « Je prendrai l’initiative d’appeler les autres candidats : notre sort appelle aujourd’hui l’union. ».
Remontons le fil pour comprendre comment nous en sommes arrivés là. Des activistes hors des partis font le constat, renforcé sondage après sondage, qu’une gauche en miettes n’a aucune chance d’accéder au second tour. En désespoir de cause, une part des votes de centre gauche va directement à Macron, une part du vote ouvrier va à Le Pen, et une part du vote des jeunes va terminer dans l’abstention.
Pour éviter ce scénario noir – plus que jamais d’actualité – les activistes cherchent les conditions pour lancer une primaire dès février 2021. Les premières réunions conviant les représentants des partis se déroulent à distance, via Zoom, covid oblige. Précision importante : Taubira est à ce stade retirée du jeu politique, la primaire n’a donc pas été pensée pour elle. D’ailleurs, la primaire n’est pas une fin en soi, mais un moyen de remobiliser les peuples de gauche.
Le 17 avril 2021, une vingtaine de dirigeants et cadres de gauche – y compris les insoumis et les communistes – se rencontrent en chair et en os lors d’un « conseil des partis ». Les plus motivés tablent sur une candidature commune devant être prête pour le mois de septembre 2021, quand d’autres attendent de voir quel parti va sortir vainqueur des élection régionales (décalées en juin 2021).
Le 24 mai 2021, nouvelle réunion des chefs : les motivés veulent se mettre « rapidement d’accord sur dix mesures qui rassemblent ». Ces projets en matière sociale, fiscale, démocratique et écologique formeront le futur « socle commun » que le vainqueur de la primaire devra s’engager à respecter.
Le 27 juin 2021 s’achèvent les régionales, avec à la clé une victoire – stérile – pour le PS au prix d’une abstention record. Cette ultime élection intermédiaire perdue par les partis de gauche radicale a pour effet désastreux de leur faire intégrer la défaite à la présidentielle.
Dès l’été 2021, la primaire est jetée à la poubelle, car les objectifs des partis sont devenu minables : passer la barre des 5% en avril 2022 (afin de se faire rembourser les frais de campagne). Foutus pour foutus, ceux qui passeront devant les autres auront la compensation d’avoir moins de mal à négocier les investitures aux législatives (où chaque bulletin rapporte des sous aux partis) en juin 2022. Quand les partis ne se font pas la guerre, ils tombent d’accord sur un point : faire la guerre à la primaire, avec le résultat paradoxal que l’on connait : au lieu de rassembler les candidatures en une, la primaire en a ajouté une de plus ! Les grands perdants sont… les électeurs, sidérés : pourquoi les partis de gauche n’ont pas entrepris l’indispensable travail de refondation après 2017 ? Jusqu’à quand vont-ils s’auto-détruire et boucher notre horizon ?
Le Marteau
