La chanson politique  du mois

Un petit retour dans le passé, en 2003, pour une chanson des trois rappeurs de Sniper dont les paroles résonnent étrangement près de vingt ans plus tard…

Gravé dans la Roche est le deuxième album de Sniper. Depuis que le premier est sorti, deux avions se sont écrasés dans des tours à New-York, le musulman est devenu le nouvel ennemi, Sarkozy est ministre de l’intérieur et il remplace la « police de proximité » par la BAC. Ce deuxième album reflète à quel point l’heure est grave : « Fuck les stups, la B.A.C., bref les forces de l’ordre » dit Blacko dans Hall Story, et Aketo lui répond « Dis-toi qu’à leurs yeux, c’est le mal qu’on incarne. Les pointeurs c’est nous, les voleurs c’est nous, les attentats c’est nous, on a bien compris qu’on n’est pas chez nous ». Dans le morceau Gravé dans la Roche, Tunisiano confirme : « J’ai presque arrêté l’chanvre, fini d’rapper dans ma chambre. Tu sais, tout a changé depuis le 11 septembre ».

Mais c’est sur Visions chaotiques, chanson de plus de 7 minutes, titre et sample emprunté à Kery James, que j’aimerais revenir. Là encore, le contexte est donné par Aketo : « Ça tourne au drame depuis les avions dans les tours », et par Tunisiano qui ose même l’humour : « T’as massacré les Indiens, persécuté les Noirs. Après les Japs’ viennent les Arabes, le tout en 200 ans d’histoire. Pas d’amour mais d’or noir, les States sont loin d’être à la bourre, malgré deux tours de retard ».

Mais très vite, le contexte politique se complique, avec  le contexte climatique catastrophique. Aketo : « La planète s’esquinte, dans certains bleds on a les pieds dans l’eau, les saisons déréglées, un sacré bordel, que des catastrophes naturelles ou criminelles, et je t’avoue que j’vois pas l’bout du tunnel » et Blacko : « Trop d’esprits pollués, tout comme cette atmosphère, si notre planète se réchauffe, c’est qu’on s’rapproche de l’Enfer ».

Bien qu’il s’en défende, c’est un pessimisme profond qui inspire Blacko, dans un texte qui précède de 10 ans la collapsologie de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : « Demande aux jeunes si l’avenir les fait rêver, difficile de parler d’futur quand le monde est en train d’crever ». Le morceau se termine alors par ce constat implacable : « Puis merde, c’est pas mon texte qui changera les choses, c’est juste un brin d’conscience avant que tout explose. La planète bleue vire au rouge, entend ses cris d’douleur, elle saigne, on l’a poignardée en plein cœur… ».

No comment…

Dror