J’attendais ce jour avec impatience : l’avant-première du nouveau James Bond, en projection mondiale simultanée. Londres, Paris, Bruxelles, dans cette catégorie, ça fait cheap comme sortie en fanfare. C’est pas encore Podgorica, Vénissieux ou Lamotte-Beuvron, mais sans New-York ni Tokyo dans la liste, ça craint. Est-ce la crise, la crainte des conspirationnistes ?
Ceux-là, depuis le COVID, ils n’en ratent pas une ! La dernière ? Et bin le virus serait sorti d’un laboratoire secret caché quelque part en Asie… S’ils avaient su que priver l’humanité toute entière de cinéma pendant deux ans aurait pour conséquence de faire se précipiter la foule vers le nouveau James Bond… Comme si 007 avait du temps à perdre… Ca fait presque 70 ans qu’il se consacre à anéantir le SPECTRE…
Pour cette soirée au grand Rex, je m’étais fendu d’un complet veston cravate. Ainsi j’étais comme téléporté à Cannes : l’ancien palais des festivals, les grandes années. Je me laissais porter quand tout d’un coup d’un seul, là, hop, un grand black en smoking me braque avec son Iphone. Moi, illico, je dégaine le mien, et on reste là, face à face, un terrifiant duel de volonté et de courage. Le temps se fige… Jusqu’à ce que résonne un bip. « C’est bon, passez », qu’il m’dit… Et s’adressant aux suivants : « préparez vos pass-sanitaires, s’il vous plait »… Brutal, le dégrisement… Sur mon siège, j’ai réajusté mon masque. La lumière baissa, la projection commençait.

La consigne était impérative : ne rien « spoiler ». Heureusement, ce soir là, mon voisin n’a pas respecté la consigne, et m’a raconté ce que je n’avais pas vu, puisque je m’étais endormi… Malgré de spectaculaires trucages, j’ai trompé mon ennui en faisant le décompte des méchants éliminés… Mieux que les moutons pour rejoindre les bras de Morphée… Et il ne lésine pas, le bougre : ça tombe comme des mouches ! A se demander comment un tel meurtrier arrive encore à passer pour un héros ? Imaginez-le, coiffé d’un turban…
Là, Bond meurt à la fin, mais pas 007. Voilà qu’est dit… Ca fait du bien ! Même s’il est vain d’aller contrer l’objectif des promoteurs : accumuler des entrées avant que l’indigence du scénario ne soit connu. Pourtant l’option était séduisante. Dissocier Bond de 007 et conjuguer genre féminin et minorité visible… En fait, rien que de l’esbroufe.
Chose étonnante, la combine « James Bond » aura servi pour le décès de Bernard Tapie. Ce grand héros de la lutte contre le front national !… Un engagement politique, de 1987 à 1996, qui a réduit le score de Jean-Marie Le Pen aux présidentielles, de 14% en 1988, à 15% en 1995…. Comme le SPECTRE, je vous dis, à chaque épisode le même en pire. Et pendant ce temps, Tapie sauvait l’économie française, en faisant tout péter ses entreprises, achetées un franc symbolique, et envoyer valser le personnel à l’ANPE. Rien que des méchants chômeurs…
Et pour couronner tout ça, un seul et même slogan que Tapie nous rabâchait de sa voix de Dark Vador : mourir peut attendre.
Pathros