Le monde  d’après

Quand j’étais petit, j’imaginais qu’en 2020 on aurait tous des scooters volant, des robots pour travailler à notre place, une gouvernance mondiale apaisée dans un monde sans frontières, et qu’on passerait notre vie devant des écrans. Finalement, seule cette dernière prédiction s’est réalisée…

Le progrès n’est pas aussi rapide qu’on imagine, et surtout, il n’est pas aussi rapide sur toute la planète. Ainsi, il est en général conseillé de regarder du côté des États-Unis ou du Japon pour savoir à quoi va ressembler notre « monde d’après ». Une société ultra-connectée et ultra-surveillée, l’intelligence artificielle pour tout et n’importe quoi, des frontières toujours plus sécurisées, des voitures électriques et autonomes, le remplacement progressif de la monnaie physique par des achats en ligne…

Ces prévisions entrent en conflit avec celles qui annoncent l’effondrement prochain, et la fin de l’électricité bon marché par exemple. On rentrera alors dans un cycle de pénurie de pétrole et d’uranium, de crises économiques aiguës, de tensions sociales extrêmes, de guerres et de déplacements massifs de population, de pollution croissante et de catastrophes climatiques, d‘épidémies et de confinements de plus en plus fréquents…

Face à cet avenir sombre, je propose une prédiction bien plus inspirante : et si l’avenir était plutôt à Gaza ? Alors que l’ONU avait prédit que la bande de Gaza serait invivable à partir de 2020, sur de nombreux aspects, ses habitants nous montrent en fait la voie à suivre. Ils nous apprennent comment vivre avec rien, en temps de guerre, et avec la peur permanente de mourir. Comment survivre malgré une surpopulation et un confinement permanent. Comment se débrouiller sans presque aucune ressource énergétique, ni eau potable, terres cultivables, ou zones de pêche autorisées. Comment réellement recycler, faire du développement vraiment durable, et expérimenter la décroissance dans sa chair…

illu dror 21

Au début de la crise du coronavirus, des messages ironiques ont fleuri de ce territoire sous blocus israélien strict depuis 14 ans : « Alors le monde, comment se passe le confinement ? », « Gaza : l’endroit le plus sûr au monde »… car l’humour est l’une des plus grandes ressources qui leur reste, avec la dignité et l’espoir. L’inventivité aussi, car en temps de crise, les humains redoublent d’imagination. On trouve à Gaza des cultures de fraises hors sol récupérant 90% de l’eau utilisée, des serres alimentées à l’énergie solaire, des pépinières prévues pour replanter immédiatement en cas de destruction suite à un bombardement israélien, des imprimantes 3D pour fabriquer du matériel médical de base, etc.

Malgré la tragédie et les épreuves traversées, Gaza serait-elle un modèle ? Ou le début d’un espoir face au monde qui s’effondre ?

Dror

Narration : Félix Lobo