On se remémore avec tristesse les 3000 morts du 11 septembre 2001 aux États-Unis il y a 20 ans. On en subit encore les conséquences qui, loin d’avoir fait disparaître les attentats en Occident, ont affecté durablement les vies des citoyens du monde entier. Au nom de la guerre contre le terrorisme, nos libertés ont été grignotées sans protestation… Mais c’est surtout dans les pays du Sud, plus particulièrement au Proche Orient, que le prix à payer fut le plus lourd…
La guerre contre le terrorisme est une rhétorique qui a alimenté toutes les guerres depuis 20 ans, celles d’Israël contre le Liban et Gaza, les interventions occidentales en Somalie, Syrie, Libye, Yémen ou Mali, mais aussi les interminables guerres menées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan.
L’Irak, qui n’avait pourtant rien à voir avec les attentats, a littéralement été détruit, avec plus d’un million de morts civils et deux millions d’exilés. L’impossibilité de remplacer Saddam Hussein par une direction stable a maintenu ce pays dans la précarité. De puissance régionale prospère, il est devenu pays de misère et de tragédies, ce qui n’est pas pour déplaire aux dirigeants américains.
Et pour ce qui est de la guerre en Afghanistan, à quoi a-t-elle servi ? Ses buts initiaux étaient de « combattre le terrorisme », « libérer les femmes afghanes » et « promouvoir la démocratie », en délogeant les Talibans du pouvoir et en instaurant des élections populaires. Quel en est le résultat ? Vingt ans d’occupation militaire américaine, 200.000 morts dont 50.000 civils, des centaines de personnes détenues à Guantánamo ou autres prisons secrètes, souvent sans preuves et sans raisons, près de trois millions de réfugiés, un gouvernement corrompu et une situation économique toujours aussi déplorable n’ont fait que renforcer les Talibans. Leur retour au pouvoir le mois dernier permet de mesurer le chemin parcouru par les Américains en 20 ans : aucun.

Quand on pense que la guerre en Afghanistan a coûté plus de 2000 milliards de dollars en 20 ans, ne pouvait-on pas imaginer meilleur usage de cet argent ? Améliorer le sort quotidien des Afghans et des Afghanes, leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs infrastructures, et permettre la réappropriation de leurs ressources auraient certainement été plus populaire et plus durable.
Mon premier article pour le Psikopat en 2013 faisait suite à l’intervention militaire de la France au Mali. Je constatais alors que nulle part, après 1945, les régimes autoritaires artificiellement mis en place par des coalitions étrangères faisant état de leur « droit d’ingérence » ne s’étaient montrés capables de garder le pouvoir seuls. Je prédisais également que de les débarrasser à leur place de leurs dirigeants ne faisait que repousser le problème au lendemain du retrait des troupes étrangères. Le fiasco de l’armée américaine en Afghanistan sera sans doute bientôt celui de l’armée française au Mali.
Dror