Un peu  de culture #3

Films et séries chroniqués dans cet article : Haute Tension, Oxygen, Resident Alien, Madame Claude, 30 Coins, Drunk, La Chute de l’Empire Américain, Mr Nobody, Séduis-moi si tu peux.

haute tension

Titre : Haute Tension

Fiche technique : Un film d’Alexandre Aja – Avec Cécile de France, Maïwenn & Philippe Nahon.

Sorti en salles en 2003 / en DVD en 2005

Résumé
Une étudiante révise ses examens dans la ferme isolée des parents de sa meilleure amie. Dès la première nuit, un tueur garagiste, qui ignore son existence, assassine à tour de rôle les membres de cette famille…

Pour
Après avoir été agréablement surpris par Oxygène (2021), j’ai revisité la courte filmographie du réalisateur Alexandre Aja. J’ai ainsi apprécié le remake de La colline a des yeux (2006), le remake de Piranha (2009) et Horns (2014) avec un Daniel Radcliffe cassant son image de gentil Harry Potter. Mais je me suis aussi royalement emmerdé devant Mirrors (2008) avec un Kiefer Sutherland toujours en mode 24 heures chrono qui tue un démon en le… brûlant (c’est bien connu, en enfer il n’y  pas de feu). Le plus catastrophique étant le récent Crawl (2019), où ma sympathie va aux mauvais alligators de synthèse plutôt qu’aux acteurs idiots qui se font bouffer. Venons-en au tout premier film d’horreur d’Alexandre Aja, Haute Tension. Un pur Slasher. Ce qui sépare les bons Slashers des mauvais, c’est leur capacité à donner la frousse. Avec un titre comme Haute Tension, le film avait intérêt à assurer sur ce point. Mission accomplie, j’en ai fait des cauchemars la nuit ! Pas à cause du faux sang – tous les Slashers en déversent depuis des décennies – ni du tueur – quelle idée d’avoir choisi un garagiste gras du bide et pré-retraité qui se déplace à deux à l’heure ?! Mais à cause de la performance de Cécile de France, lancée à corps perdu dans une partie de cache-cache sadique. Agée de 27 ans au moment du tournage, l’actrice est époustouflante : on court et on lutte avec elle tout du long.

Contre
Tourné en six semaines dans la campagne roumaine, le budget serré de Haute Tension se voit, avec un nombre de morts restreint pour un Slasher (disons 5 ou 6) dont la majorité est balancée dès le début. En contrepartie, le réalisateur se montre généreux avec le sang des victimes. J’avoue que j’ai toujours eu du mal à comprendre la motivation de vouloir faire des étalages de boucherie. Non mais, sérieux, quel est l’intérêt ?! Si j’ai envie d’un steak grillé, j’me fais un barbecue ! Voir de la barbaque dans les films me donnerait plutôt la gerbe. Haute Tension suscite donc le dégoût, mais bon, c’est tellement facile…

! ALERTE : SPOILER !

Dans le registre « grosse ficelles », on peut regretter que deux meurtres soient inclus uniquement pour maintenir le rythme (le pompiste crève parce qu’il fallait un mort au milieu, et l’automobiliste crève parce qu’il fallait un mort à la fin). Autres « grosses ficelles », les premières minutes montrent Cécile de France dans un rêve, puis un retour à la réalité. Le spectateur comprend trop vite que les rôles sont mouvants et le récit peu fiable. Je me suis dit que la meilleure façon de me représenter les choses était que l’héroïne imagine tout ce qui suit sur le mode du fantasme sexuel (être poursuivi en rêve par un inconnu peut être le signe d’une homosexualité refoulée selon Freud, or on assiste à la masturbation de l’héroïne après avoir observé son amie sous la douche, puis à la venue du tueur garagiste). Sauf que la dernière image (les menottes) fait s’effondrer cette théorie avec un ultime retour à la réalité…

Autre élément qui est intéressant, mais gâché : le combat entre l’héroïne et le tueur garagiste. On comprend que si ce dernier gagne, le « ça »va  garder le contrôle, la personnalité du tueur va étouffer celle de l’héroïne de manière définitive. Sauf qu’à l’issue du face à face, Cécile de France gagne, mais son « surmoi » ne vient pas siffler la fin du jeu pervers… Bref, le scénario ne tient pas debout, mais la peur fonctionne.

Note : 3,5/5

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Titre : Oxygène

Fiche technique : Un film d’Alexandre Aja – Sorti le 12 mai 2021 sur Netflix. Avec Mélanie Laurent et… c’est à peu près tout

Résumé
Une femme se réveille seule dans une unité cryogénique. Elle ne sait plus qui elle est, ni comment elle a pu finir enfermée dans une capsule de la taille d’un cercueil. Tandis qu’elle commence à manquer d’oxygène, elle va devoir recomposer les éléments de sa mémoire pour sortir de ce cauchemar…

Pour
Sortie récente oblige, c’est parti pour une chronique sans spoiler – donc minimaliste. Alexandre Aja est un petit malin qui, au lieu de se casser la tête à innover (et accessoirement prendre des risques financiers), aime recycler les recettes qui ont fait leurs preuves. Cette fois, le réalisateur adapte officieusement Buried (Enterré), un film vieux d’une dizaine d’années. Le principe est basé sur la survie pure, mais sans tueur : le spectateur est enfermé avec un personnage dans un espace très exigu. Durant 1h30, le spectateur assiste aux états d’âme de la victime luttant pour garder l’oxygène et communiquer avec l’extérieur. Alexandre Aja ajoute par-dessus une couche de Paycheck, film de John Woo où retrouver la mémoire est vital pour le héros. Plus une couche de deux autres films dont hélas je ne peux pas parler pour l’instant. Bref, est-ce que le cocktail fonctionne ? Parfaitement ! Le film secoue le bide façon montagnes russes, et on est soulagé quand le mot « fin » s’affiche à l’écran. J’ai lu après coup de méchantes critiques sur le jeu de Mélanie Laurent qui sont totalement injustifiées. Les mecs, je vais vous foutre dans un cercueil et vous filmer sous toutes les coutures, et on va voir comment vous vous en sortez ! Mélanie Laurent assure, de même que Mathieu Amalric qui donne à l’intelligence artificielle une voix faussement rassurante. Alexandre Aja signe une belle performance.   

Contre
Alexandre Aja s’égare vers la fin en faisant se soigner Mélanie Laurent façon Rambo, ou lorsqu’il accentue sa phobie des… créatures peu ragoutantes (on ne spoile pas !). Clairement, il en fait trop, mais vu sa filmographie, il fallait s’y attendre… A l’inverse de ma remarque dans « Pour », j’ai été étonné en lisant des critiques trop flatteuses. Pour Les Inrocks et Télérama, Oxygène a le potentiel d’être l’œuvre « emblématique » des années covid. Mouais, j’y vois surtout une récupération putassière de l’actu ! Si vous cherchez le « vrai » film de la pandémie, ne cherchez plus : c’est Contagion de Steven Soderbergh. Sorti il y a dix ans, il dit déjà tout de notre quotidien. 

Note : 4/5

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Titre : Resident Alien

Fiche technique : Une série TV de Chris Sheridan – Avec Alan Tudyk, Sara Tomko & Corey Reynolds .Sorti en VOD en février 2021

Résumé
Après s’être posé en catastrophe sur Terre, un alien nommé Harry prend l’identité du docteur d’une petite ville du Colorado. Petit à petit, il s’interroge au sujet de la mission secrète qu’il est censé accomplir sur Terre…

Pour
Le réalisateur et les acteurs étant de parfaits inconnus (pour moi), je ne m’attendais à rien de particulier en lançant le premier épisode. Je partais même avec un a priori négatif étant donné qu’aucun grand média n’avait daigné critiquer la série. Mais bon, il faut bien parler d’autre chose que des sempiternelles séries TV estampillées Marvel ou Star Wars, sur lesquelles vous savez déjà tout !

J’ai serré les dents les premières minutes afin de passer outre des effets spéciaux probablement dessinés par le petit-neveu du réalisateur. Et… PAF ! La soucoupe atterrit, l’alien tue sans hésiter un homme qui vit à l’écart de la ville, et prend son apparence pour mener à bien sa mission sans éveiller les soupçons. Sauf qu’il a pris l’identité d’un médecin généraliste et se retrouve à devoir faire le bien autour de lui contre sa volonté !

L’acteur Alan Tudyk, avec ses faux airs de Steve Carell, est tout simplement génial dans le rôle d’un alien qui se croit supérieur aux humains, mais commet gaffe sur gaffe. La raison ? C’est de façon « méta » qu’il acquiert son savoir sur notre espèce : en regardant des séries TV… Le comportement de l’alien est donc façonné par la télévision, et le décalage avec la réalité lors des interactions sociales est source des meilleurs gags. Je ne sais pas si c’est l’effet des confinements / couvre-feux, mais bon sang, quelle crise de rire ! J’en ai eu les larmes aux yeux et mal aux côtes. Il faut le voir essayer de rattraper une vacherie par une autre plus énorme !

Concrètement, Alien Resident mélange Alf (Harry a beaucoup de points communs avec l’extraterrestre au gros pif des années 1980, qui débarquait dans une famille d’américains moyens), la série d’enquête policière (partie de Cluedo avec un meurtre commis dans la petite ville), un peu de série médicale au début (la clinique), un peu de drame au milieu (galerie de portraits de losers, conflits familiaux) et un peu d’X Files sur la fin (un couple traque Harry pour le compte de l’armée).

Contre
C’est une soupe un peu lourde à digérer, et forcément, l’euphorie ne dure pas. J’ai malgré tout poursuivi avec un certain plaisir jusqu’au dernier épisode. Cependant, passer dix ans après Paul l’extra-terrestre (film des sales gosses Simon Pegg et Nick Frost) laisse un sentiment de déjà-vu. La série brasse pas mal de personnages secondaires, dont certains sont correctement exploités (les origines indiennes d’Astra), quand d’autres donnent l’impression de regarder une pub Benetton. La présence d’Harry remet en cause l’intégralité des monothéismes, mais la série se montre étonnamment frileuse avec les croyants. C’est d’autant plus dommage que l’alien se pose beaucoup de questions nous concernant, et décoche des flèches philosophiques bien placées. Au final, la série cherche à nous bousculer, mais pas trop, en évitant d’aller sur les terrains vraiment « politiquement incorrects ». Cet entre-deux fait que je ne sais pas si dans un an, lors de la sortie de la saison deux, je me souviendrai encore de la première.

Note : 2,5/5

madame claude

Titre : Madame Claude

Fiche technique : Un film de Sylvie Verheyde – Avec Karole Rocher, Garance Marillier & Benjamin Biolay – Sorti sur Netflix en avril 2021

Résumé
Fin des années 1960, Madame Claude règne sur Paris et au-delà grâce à son commerce florissant. En réinventant les codes de la prostitution, en empruntant ceux de la bourgeoisie et en s’inventant un passé respectable, elle est devenue une femme d’affaires redoutée et estimée du monde politique au grand banditisme…

Pour
La promotion du film indiquait que la réalisatrice s’était documentée avec minutie sur « Madame Claude », je m’attendais donc à un film perçant les secrets de la maquerelle. C’est en partie le cas, mais il reste beaucoup de zones d’ombres. L’affaire Markovic (impliquant des photos de la femme de Pompidou, président de la République moins d’un an plus tard) est bien évoquée, mais jamais véritablement tranchée. En revanche, le film montre les liens ténus entre la prostitution, la police et les services secrets. Nombre de personnalités politiques et de criminels se retrouvent piégés par des photos compromettantes, voire assassinées au bordel en toute discrétion pour le compte du gouvernement.

Madame Claude ne fait pas que vendre du sexe, elle vend aussi la mort. De façon scandaleuse, le film exploite habilement cette idée avec des prostituées prenant tous les risques. Il n’est pas rare de les retrouver avec le visage en charpie, mais aussi – et c’est pourquoi elles continuent – couvertes d’or. Une scène atroce montre Madame Claude réconforter une fille battue en la frictionnant involontairement avec des billets ! Jolie idée de mise en scène.  

Paradoxe : le portait de Sidonie, jeune prostituée fictive, est plus réussi que celui de Madame Claude. D’emblée, elle évacue le profil misérabiliste de la fille qui n’a personne au monde et qui loue son corps pour survivre. Issue de la grande bourgeoisie, elle a pour motivation affichée de vaincre l’ennui. Sauf que patatras : on apprend au cours du film qu’elle a été violée étant enfant, et qu’elle se prostitue pour deux raisons : scandaliser sa famille, et avoir des sensations fortes (il arrive que les êtres traumatisés ne soient plus jamais satisfaits d’une relation sexuelle classique). Le même drame s’est joué durant l’enfance de Madame Claude. OK… à quoi bon enlever le costume de la victime à ces femmes, si c’est pour leur refourguer aux trois quarts du film ? Quant-à-la référence finale au mouvement #MeToo, elle tombe à plat tellement elle est anachronique.

Contre
La promotion vantait également un regard différent sur le sexe, car le film a été réalisé par une femme. On retrouve le discours « anti Male gaze » évoqué dans ma critique de la série Orange is the new black, et qui se traduit à l’écran par les mêmes travers : trop de remplissage avec des scènes de cul, et une réalisation à peine digne des anciens téléfilms érotiques sur M6. Si l’intention de la réalisatrice était vraiment de montrer que les prostituées se rendaient au bordel comme des ouvriers à l’usine, il aurait été plus efficace de condenser toutes les scènes de cul en 2 minutes, avec l’affichage des jours de la semaine qui défilent pour marquer la répétition et l’action machinale. Avec un tel montage, le film aurait compté une bonne demi-heure en moins.

L’un des gros problèmes du film vient que jamais il ne nous fait oublier son budget fauché. 99% du temps se passe en intérieur. Que font les prostituées quand elles ne baisent pas ou ne dansent pas en boîte ? Elles parlent avec des flics ou des maffieux, toujours entre quatre murs. Si l’intention était de faire de Madame Claude une sorte de parrain bâtissant un empire du sexe, pourquoi pas. Mais n’est pas Coppola qui veut : la réalisation est beaucoup trop molle. Le commissaire Benjamin Biolay et le caïd Roschdy Zem ont en permanence le cul vissé à leur chaise, à croire qu’ils ont 90 balais et de l’arthrite !  

Pour les besoins de cette critique, je me suis renseigné sur la vraie Madame Claude, qui avait pour habitude de corriger les défauts de ses « employées » en les envoyant faire de la chirurgie esthétique. En y resongeant, une scène du film y fait effectivement référence, mais de façon très light. Je pense que c’est justement là qu’il aurait fallu appuyer – problème : cela aurait été à l’encontre du message du film qui voudrait nous vendre une Madame Claude « féministe » ! Comment y croire alors qu’elle faisait modifier l’apparence de ses employées à coups de scalpel, et qu’elle leur administrait une « rééducation » pour les rendre dociles ? Comment voir une quelconque transgression « féministe » dans le fait de retirer chez les femmes tout ce qui serait susceptible de déplaire aux hommes ? Ha oui, j’oubliais, Madame Claude martèle qu’elle corrompt les hommes par le sexe, et qu’elle prend leur fric, donc une partie de leur pouvoir… Vu ainsi, ça me fait penser aux chefs africains qui vendaient leurs voisins comme esclaves durant la traite négrière : eux aussi s’émancipaient en bénéficiant de privilèges, mais aurait-on idée de les appeler des libérateurs ?! C’étaient de sales traîtres, et Madame Claude une négrière moderne.     

L’autre argument défendu par le film pour faire de Madame Claude une « féministe », c’est d’affirmer que sa chute a été causée par des machistes qui trouvaient insupportable qu’une femme ait autant de pouvoir… Sauf que non, Madame Claude ne s’est pas retrouvé en taule « parce que c’est une femme », mais parce qu’elle n’a pas su s’arrêter à temps. Si elle s’était contentée d’un unique bordel et de quelques dizaines de filles au lieu d’en recruter des centaines, elle aurait pu passer sous le radar de la justice et vivre de façon prospère. L’écroulement de son empire vient de son avidité à engloutir du fric venant d’un commerce illégal. Il serait arrivé exactement la même chose à un homme.

Le paroxysme du ridicule étant atteint à la fin, où la réalisatrice mélange images d’archive et fiction. Généralement, les biopics américains placent au générique une photo ou une courte vidéo de la personne dont le destin a été raconté. Sauf qu’ici, avec les allers-et-retours brouillons entre reconstitutions et images de la vraie Madame Claude dans le panier à salade, le spectateur ne garde qu’un grand éclat de rire, tout le contraire de l’effet mélodramatique recherché.  

Note : 1/5

30 coins

Titre : 30 Coins

Fiche technique : Une série TV d’Alex de la Iglesia – Avec Eduard Fernández, Megan Montaner & Miguel Ángel Silvestre – Sorti en VOD en novembre 2020

Résumé
Le père Vergara est envoyé par l’Eglise dans une ville reculée d’Espagne. Bientôt, Paco, le maire naïf du village et Elena, la vétérinaire, souhaitent lever le voile sur le passé du religieux. Ils vont se retrouver au sein d’une conspiration mondiale touchant le Vatican….

Pour
Après avoir redécouvert Angel Heart, je me suis lancé avec enthousiasme dans cette série d’Alex de la Iglesia, créateur du génial Le jour de la Bête (1996), qui partage avec 30 Coins tellement de points communs qu’on pourrait penser qu’il s’agit d’une déclinaison en série de son vieux film. L’astuce consistant ici à introduire une intrigue autour des 30 deniers que Judas a reçu pour avoir dénoncé Jésus aux romains. Cette quête des deniers, racontée dans le générique puis dans la scène d’ouverture, décoiffe ! On retrouve aussi l’ambiance de fin du monde du Jour de la Bête en raison de la venue sur Terre de l’antéchrist. Dès le premier épisode, Alex de la Iglesias imprime sa marque très caustique : pourquoi l’humanité mériterait d’être sauvée alors que nous vivons une époque où l’argent et la connerie sont rois (rien n’existe si ce n’est pas sur les réseaux sociaux, comme le dit le maire Paco) ?

Contre
Malheureusement, la série souffre de sa trop grande durée. Ce qui fonctionnait agréablement dans un film d’1h30 ne convainc pas vraiment dans une série de 8h au total (environ 1h par épisode). Le réalisateur se sent obligé de diluer l’intrigue dans des histoires annexes avec des personnages dont on se fiche, et force régulièrement la dose sur le côté horrifique pour donner sa dose de sang au spectateur. C’est artificiel, et ça peut faire fuir (ma femme n’a pas été jusqu’au bout). La fin ouverte, qui va logiquement déboucher sur une seconde saison, m’a consterné : si c’est reparti pour 8h, alors c’est sans moi ! 

Note : 2,5/5

drunk

Titre : Drunk

Fiche technique : Un film de Thomas Vinterberg – Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen & Magnus Millang – Sorti en DVD / BR en juin 2021

Résumé
Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure…

Pour
Dans le livre Plants of the Gods: Origins of Hallucinogenic Use, Richard Evans Schultes avançait que toutes les ethnies dispersées sur le globe avaient en point commun la consommation de drogue. Bien sûr, avant la mondialisation, tout le monde ne consommait pas la même chose : des champignons hallucinogènes en Sibérie, du cactus au Mexique, etc. L’auteur allait même assez loin en affirmant que la drogue était au fondement des civilisations, car sa consommation était hautement ritualisée. J’en déduis que la vie en société implique de tous temps une souffrance telle que l’homme se tourne vers la drogue et les horizons imaginaires décrits, par exemple, par les chamans sibériens et les prêtres mayas. Pourquoi ? He bien, Freud a décrit le mécanisme psychologique qui s’opère en nous. Le « moi » et le « ça » sont des appellations théoriques, bien sûr, mais tout le monde ressent dans sa chair que la société est édifiée sur du renoncement pulsionnel : « La vie en commun ne devient possible que lorsqu’une pluralité parvient à former un groupement plus puissant que ne l’est lui-même chacun de ses membres, et à maintenir une forte cohésion en face de tout individu pris en particulier. » (Malaise dans la culture). La vie en société suppose une restriction de la liberté individuelle, ce qui provoque frustration et détresse, que nous essayons de canaliser par la drogue. En France comme au Danemark, pays où se déroule le film, l’alcool est légal parce qu’intégré depuis longtemps au patrimoine culturel, et représente des intérêts économiques.

Mieux : le film montre comment une personne qui refuse de boire un verre se retrouve exclue des conversations. Par deux fois, Mads Mikkelsen subit une énorme pression de la part de ses amis qui suscite chez le spectateur un malaise tout aussi grand. Il FAUT boire de l’alcool à une table où tout le monde en consomme, et en entreprise, il FAUT fumer une cigarette durant la pause, sinon vous avez vite le sentiment que vous n’avez rien à faire là… C’est cruel, mais la drogue fait partie d’un rituel. Ceux qui sortent des codes admis, par exemple en buvant sur la voie publique ou en se faisant surprendre avec une bouteille au travail, se retrouvent eux aussi ostracisés. Au volant, la police tolère 0,5 gramme d’alcool par litre de sang. En clair, la drogue est autorisée dans nos sociétés tant que vous êtes capable de garder le contrôle de vous-même – et surtout, que vous restez productif au travail. Sauf que, justement, on prend de la drogue, surtout par excès, pour oublier qui on est, pour soulager nos épaules des responsabilités, pour être capable d’affronter le monde et de l’envoyer royalement paître… C’est que font les quatre amis dans le film, avant que le poids du monde ne leur retombe sur le crâne façon marteau-piqueur.      

Contre
Les acteurs sont excellents – et comment ne pas se reconnaitre en eux, quarantenaires aux rêves brisés, se débattant avec un travail répétitif, des femmes et des enfants avec qui ils peinent à communiquer, une jeunesse idiote qui tombe dans tous les pièges, une société dans laquelle ils ne se reconnaissent plus ? Le problème, c’est que même leur déchéance est de l’ordre du déjà-vu. On dirait un remake intello de « Very Bad Trip », qui a tout de même dix années dans les gencives ! Rien de neuf, à part quelques théories scientifiques fumeuses et l’action qui se passe sous le soleil blafard du Danemark. Si vous voulez vous marrer, préférez notre « Nuit d’ivresse » national, avec Balasko et Lhermitte, datant de 1986.

Note : 2,5/5

chute empire américain

Titre : La chute de l’empire américain 

Fiche technique  : Un film de Denys Arcand – Avec Alexandre Landry, Maripier Morin & Rémy Girard – Sorti en DVD / BR en 2019

Résumé
Un chauffeur pour une compagnie de livraison est témoin d’un hold-up qui tourne mal. Il se retrouve seul avec un sac de sport bourrés de billets. Le pouvoir irrésistible de l’argent va bousculer ses valeurs altruistes et mettre sur sa route une prostituée, un ex-taulard et un avocat d’affaires roublard…

Pour
Denys Arcand est un réalisateur que j’aime bien, malgré ses choix de titres emphatiques (Les invasions barbares / Le déclin de l’empire américain). Là, c’est carrément « La chute de l’empire américain » qu’il nous promet ! Si vous vous attendez à voir s’écrouler les tours de Wall Street façon Fight Club, vous allez être déçu. Alors, en quoi consiste cette « chute » ? Ben, je cherche encore… Le film suit la trajectoire d’un sac rempli d’argent sale, parti des trafics de drogue dans les quartiers sordides pour aller s’égayer dans les paradis fiscaux. Ce mécanisme où tout est fait pour échapper à l’impôt mine la solidarité et les aides qui pourraient aller, par exemple, aux clodos. C’est pourquoi le héros du film, un prolo, tente de réparer les injustices à son petit niveau par le biais d’une association caritative.

Denys Arcand est radical : le pognon, c’est le mal ! Mais le manichéisme est parfois à nuancer, par exemple au début du film, lorsque le héros est incapable d’offrir des vacances à sa fiancée. La scène est vraiment désagréable, mais il faut le dire, parfaitement réaliste. Hé oui, voilà à quoi rêve la classe prolétaire : pour elle, c’est avoir assez de fric pour échapper, au moins quelques jours, à un travail pénible. Pour lui, c’est se payer une pute de luxe.

Contre (attention spoiler)
Dans un tel film, la Happy end a de quoi déstabiliser : le couple composé du prolo et de la pute échappe à la mafia et aux flics, un alignement des planètes trop parfait pour être vrai… De plus, le réalisateur tient à sauver ses héros : la pute finit par ouvrir son cœur, le prolo ne se laisse pas totalement pourrir par le fric et continue d’aider les clodos.  

En revanche, ça finit mal pour son avocat, le roi de l’évasion fiscale – pas à cause de ses montages financiers puisque tout est plus ou moins légal et, du moins, toléré dans notre société – mais pour une affaire à la DSK ! Lui et un parrain de la mafia sont les deux seuls à véritablement « chuter ». Ce qui est vain, puisqu’ils seront bientôt remplacés par d’autres gens sans pitié, et la roue de « l’empire » va continuer de tourner. Mais alors, quel est le message ? Comme le dirait Patrick Sabatier dans Les Guignols des années 1990 : « Bah kestananafout’ ! Tu prends l’pognon pis c’est tout ! ». Puisque les valeurs morales de « l’empire » sont par terre, pourquoi pas valoriser la fraude (le prolo utilise les failles du Charity business pour planquer sa fortune à l’abri du fisc) ? D’un autre côté, je suis plutôt d’accord avec Denys Arcand : l’utopie révolutionnaire à la fin de Basta Capital (film critiqué dans Mazette n°18) parait à côté de la plaque. Mais entre « les grands soirs suivis des lendemains qui chantent » promises par Arlette Laguiller et les truanderies du prolo millionnaire , il doit bien avoir un juste milieu à trouver, non ?

Note : 2/5

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Titre : Nobody

Fiche technique : Un film d’Ilya Naishuller – Avec Bob Odenkirk, Christopher Lloyd & RZA – Sorti en salle en juin 2021

Résumé
Hutch Mansell, un père et un mari frustré, totalement déconsidéré par sa famille, se contente d’encaisser les coups, sans jamais les rendre. Il n’est rien ni personne. Une nuit, alors que deux cambrioleurs pénètrent chez lui, cet incident réveille chez cet homme blessé des instincts larvés…

Pour
Quel plaisir de retrouver de temps à autre les visages de Bryan Cranston (Walter White), Aaron Paul (Jesse Pinkman) et Bob Odenkirk (Saul Goodman) au cinéma après Breaking Bad. Hélas, la fête ne dure pas : Aaron Paul a embourbé sa carrière dans des films daubesques. Bryan Cranston s’en tire mieux, ouf, mais on attend toujours qu’un scénariste lui donne un rôle à sa mesure… Ne sachant comment se dépatouiller après avoir arrêté la série en 2013, les voilà tous deux réunis en 2019 pour un film dérivé, « El Camino : Un film Breaking Bad ». Quant à Bob Odenkirk et quelques autres de Breaking Bad (Jonathan Banks, Michael Mando et Giancarlo Esposito), ils n’ont jamais raccroché et sont les stars de la série « préquelle » Better Call Saul. Hé oui, difficile de proposer quelque chose de neuf après avoir participé à la série la plus géniale de tous les temps (après GOT).

Voilà donc Bob Odenkirk comme acteur principal dans un nouveau film après quelques apparitions sympas comme dans Séduis-moi si tu peux. Va-t-il nous faire oublier sa géniale interprétation de l’avocat véreux de Breaking Bad ? Hmmm, la première partie de Nobody le présente comme un type paumé qui se morfond sur lui-même, dans un rôle pas si éloigné, dans l’idée, de Mads Mikkelen dans Drunk. Pourquoi pas. Mais que dire de la seconde partie ? On ne s’attendait pas à le retrouver dans un rôle à la Jean-Claude Van Damme ! A vrai dire, depuis que j’ai vu Gérard Depardieu soulever ses 150 kilos pour donner un coup de pied retourné dans Vidocq en 2001, il n’y a plus grand-chose qui m’étonne. Nobody se laisse regarder pour ses chorégraphies de combats toujours lisibles, et la doublure de Bob Odenkirk qui assure en cascade. En prime, un caméo du Doc de « Retour vers le futur », qui a dépassé les 80 balais !

Contre
Le thème du petit gars qui paye pas du mine, mais qui explose un gang de maffieux à lui tout seul a déjà été exploité, et en mieux, par Kevin Bacon (Death Sentence), Vince Vaugh (Section 99), Keanu Reeves (John Wick) ou encore Denzel Washington (Equalizer). Bref, rien de neuf sous le soleil américain, si ce n’est que Nobody penche à la fin vers la parodie (Bob Odenkirk rachète une usine pour y placer des pièges façon « Maman, j’ai raté l’avion »). C’est fun, OK, mais ça se limite à du divertissement pour jeunes adultes. Bob Odenkirk mérite mieux, merde !

Note : 1,5/5

seduis moi

Titre : Séduis-moi si tu peux !

Fiche technique : Un film de Jonathan Levine – Avec Charlize Theron, Seth Rogen & Bob Odenkirk – Sorti en DVD / BR en septembre 2019

Résumé
Fred, un journaliste au chômage, a été embauché pour écrire les discours de campagne de Charlotte, en course pour devenir la prochaine présidente des Etats-Unis et qui n’est autre… que son ancienne baby-sitter ! Avec son allure débraillée, son humour et son franc-parler, Fred fait tâche dans l’entourage ultra codifié de Charlotte. Tout les sépare et pourtant leur complicité est évidente…

Pour
Les comédies romantiques, c’est pas trop mon truc. Mais une romance entre Charlize Theron et Seth Rogen, j’achète ! Alors, oui, les « coïncidences », les clichés et ficelles scénaristiques sont énormes, mais l’humour de Seth Rogen et le sex-appeal de Charlize Theron sont au rendez-vous.

Contre
Une bonne partie de l’intrigue est consacrée au rapport de force entre, d’une part, un lobbyiste des industries (un clone de Trump) qui soutient le président des USA (Bob Odenkirk), et d’autres part, les écolos Charlize Theron et Seth Rogen qui veulent changer la vie des citoyens. A la fin du film, les gentils gagnent. Comment ? Eh bien, le spectateur l’ignore, puisque le film fait totalement l’impasse sur ce point. Tout ce qu’on sait, c’est que Charlize Theron quitte le gouvernement avec fracas, puis se présente sous ses propres couleurs contre Bob Odenkirk. Et elle gagne… Sauf que dans la vraie vie, une campagne électorale, ça coûte cher ! 11 milliards de dollars ont été dépensés pour la présidentielle américaine de 2020. C’est pour ça que le clone de Trump et Bob Odenkirk font des mamours : le premier finance sa campagne, et le second applique une politique anti-écolo qui maximalise les profits. J’ai beau explorer les bonus du DVD, le réalisateur n’explique pas d’où vient l’argent qui fait perdre les affreux capitalistes. Vous allez me dire : « C’est une fiction ! C’est de l’argent magique ! Et ça fait du bien de voir les gentils gagner ». Oui, ben je trouve pas ça très rassurant. Les Macrons et autres pollueurs ont encore de beaux jours devant eux.

Note : 2/5

Le Marteau