Ras l’front

Bien sûr, il ne faut pas prendre les sondages pour argent comptant à un an de l’élection présidentielle. Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que les résultats donnent un aperçu du futur qui fait mal au cul !

En épluchant les sondages depuis le début de l’année 2021, une évidence se dégage : Marine Le Pen arrive en tête au premier tour avec un bon quart des intentions de votes. Que la droite ou la gauche fasse une primaire ne change rien, que Mélenchon se roule par terre en faisant des ruades non plus. Et La république en marche veut nous refaire le coup en 2022 du « c’est nous le meilleur barrage au RN ». Ha bon, alors il va falloir m’expliquer : Marine Le Pen ne dit rien, ne fait rien, elle est politiquement inexistante. Et pourtant, elle s’apprête à gagner le premier tour de l’élection reine ! Soit elle fait du vaudou, soit les électeurs se radicalisent pour faire passer un message au gouvernement : « ON EN A MARRE DE LA POLITIQUE ANTI-SOCIALE DICTEE PAR LES BANQUIERS ET LA COMMISSION EUROPEENNE ! ». Le meilleur carburant du RN, c’est Macron.   

Mais il y a un autre message affiché par le triomphe sondagier du RN, cette fois adressé à mon camp. La logique voudrait que la gauche fasse le plein des voix, puisque Macron incarne la finance dans son implacable inhumanité. Or, le sondage Ifop du 11 avril dernier révèle qu’aucun candidat de gauche ne parviendrait au second tour. Et il y a pire. Même dans le cas d’une primaire qui dégagerait une candidature commune PS-PC-EELV – que j’appelle de mes vœux – ce serait la douche froide avec 10%. Et Mélenchon qui ferait sensiblement le même score à côté. Le message des électeurs est donc : « ON VEUT PAS DE CETTE GAUCHE-LA ! », celle qui fait la danse du ventre aux « antiracistes » qui n’ont à la bouche que le mot « race ». Plus les candidats de gauche s’enfonceront dans cette voie, par clientélisme ou par bon sentiment , plus ils donneront du carburant au RN.

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Dernier enseignement : différentes configurations ont été testées pour le second tour dans le sondage du 11 avril. Un candidat de droite (quel qu’il soit) est sûr de devancer Marine Le Pen (ça, on le savait déjà). Mais au cas où un sacrifice de poulet aurait lieu à la pleine lune, et qu’un candidat de gauche (quel qu’il soit) se hisserait au second tour, il serait battu par Marine Le Pen ! Jadot ou Mélenchon se prendrait une belle branlée, Hidalgo s’en sortirait un peu mieux (quoi que, avec la marge d’erreur, c’est même pas sûr). Comment est-ce possible d’en arriver là, alors qu’on disait encore à la dernière présidentielle qu’une chèvre pourrait battre Marine Le Pen ?! Eh bien, ce sont les électeurs de droite qui se foutent de notre gueule ! Ils applaudissent quand, au nom du « front républicain » contre le RN, on vote pour les voleurs Chirac en 2002 et Macron en 2017. Mais dans la configuration inverse, ils préfèrent porter le RN au pouvoir plutôt que la gauche… Bon, comment éviter de se taper dessus, à présent ? Je crois à la prise en compte du vote par correspondance (électronique, courrier) pour arriver à mobiliser les 22% d’abstentionnistes qu’il y avait à la présidentielle de 2017. Ou alors, à la prise en compte de l’abstention pour faire « reseter » le système. Rappelons les scores de l’abstention lors des législatives de 2017 (51,3 %), des européennes de 2019 (50,1 %) et des municipales de 2020 (55,3 %). Mon idée, c’est que tous les vainqueurs de ces élections devraient être déclarés illégitimes. Idem pour les élections à venir : on ne devrait pas être au pouvoir quand on est rejeté par plus de la moitié de la population. La reconnaissance politique de l’abstention est la clé pour qu’enfin nos gouvernants ne décident pas contre nous, mais avec.

Le Marteau

Narration : Mélaka