Le Biomimétisme

Le biomimétisme est « l’imitation technique des processus mis en œuvre par la nature ». Cette observation des chefs d’œuvres naturels pour inspirer les machines n’est pas nouvelle.

L’avion parodie l’oiseau et le sous-marin le poisson depuis déjà longtemps. Mais ces imitations étaient jusqu’à maintenant grossières. La miniaturisation des procédés permet en revanche aujourd’hui de reproduire beaucoup plus précisément les formes naturelles.

Déjà, des robots marchent comme des humains, avec un déhanchement et une souplesse qui, dans la pénombre, pourraient créer la confusion. Des drones reprennent le vol de la chauve-souris, d’autres ceux du papillon, de la libellule ou de la mouche. Ces machines aux ailes flexibles s’accaparent des mouvements ou des silhouettes jusqu’ici réservés aux êtres vivants.

Pour l’instant, ces mécaniques gardent un léger style de jouet pour enfant ou de modèle réduit téléguidé. Mais leur évolution rapide les fera bientôt ressembler à s’y méprendre à de véritables animaux. Les insectes artificiels sont encore attachés à des fils qui leur fournissent de l’énergie. Mais de nouvelles perspectives de moteur à hydrogène, plus légers et plus performants, pourraient rapidement les libérer de leurs chaînes.

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Tout notre rapport au monde se fonde sur l’identification. Ce qui vient vers moi est-il ami, ennemi ou neutre ? L’imminente impossibilité de décrypter une forme vivante, que nous prépare la technologie, va établir une incertitude définitive qui va entraîner, à la manière d’une atmosphère toxique, un sentiment de menace perpétuelle. Nous nous méfierons des mouches, des libellules ou des oiseaux. Cette nature tant détestée par la société néolibérale, parce que sa différence effraie, sera chargée d’une suspicion nouvelle. Même les écologistes en auront peur.

Après la pollution matérielle, sournoise parce qu’invisible, se diffusera une pollution psychologique qui empoisonnera notre perception du vivant. C’est notre relation au réel, celui qui échappe encore à la société, qui sera contaminée par une présence possible de l’État, doté de caméras ou d’enregistreurs microscopiques.

La nouvelle manière d’éliminer la nature sera de la souiller par la contrefaçon. Pour lutter contre ce détournement, il faudrait proposer que la nature dispose de droits d’auteur et qu’une législation lui permettre d’exercer un droit moral lorsqu’elle estime que les produits dérivés de ses formes originales contreviennent à son esprit.

Commençons donc par considérer la nature comme une œuvre d’art.

Jean-Luc Coudray

Narration : Félix Lobo