La mesure  des fous

Jusqu’ici, les personnes atteintes de troubles psychiatriques étaient soignées par des médicaments et des psychothérapies. Mais c’était sans compter l’arrivée des neurosciences.

La mode aujourd’hui est d’étudier le cerveau. Or, cette étude se fonde sur le préjugé que le cerveau est un super ordinateur. Autrement dit, notre encéphale n’est qu’une machine à traiter des informations.

Du point de vue des neurosciences, les malades mentaux souffrent simplement d’un déficit cognitif. En clair, il n’y a plus de fous, seulement des handicapés du traitement de l’information. Le psychotique va être alors évalué par des tests. Puis, il subira une rééducation comportementale, relevant du dressage et de l’entraînement. Les progrès seront à nouveau évalués par des tests.

Pour notre gouvernement cette approche a l’avantage de supprimer les contacts humains, donc les emplois et le service public. Les hôpitaux psychiatriques perdent en effet leurs lits à grande vitesse. En revanche, l’État distribue des validations à des sociétés privées, labellisées pour vendre leurs tests et leurs méthodes. Au lieu d’être soignés gratuitement par le service public, les malades touchent des allocations pour acheter les soins privés.

Aujourd’hui, tout doit être mesurable. Cette généralisation d’un esprit comptable à tous les domaines relève du scientisme. Mais le scientisme n’est que le reflet du culte de l’argent. Car l’argent aussi ramène tout à une évaluation chiffrée. Grâce à l’argent, tout est comparable. Grâce aux neurosciences, tous les humains sont également comparables. Voilà pourquoi les neurosciences s’entendent si bien avec le néolibéralisme.

L’évaluation normée de la folie soumet la subjectivité au phantasme d’une société de maîtrise et d’objectivité où la performance est le seul critère d’intégration.

Or, les tests montrent que certains autistes sont plus performants que nous. Ils sont alors considérés comme parfaitement adaptés à notre univers de compétition. Mieux encore : les autistes surdoués, entièrement voués à leur tâche répétitive, addicts aux ordinateurs, ne perdant pas leur temps dans des relations affectives, deviennent le modèle de l’homme futur. Le citoyen normal, dans ce monde d’évaluation, devient un handicapé cognitif si on le compare aux autistes.

IMG 5233

La voie transhumaniste pour un humain augmenté est ouverte. Au final, la vraie folie, c’est les neurosciences. Quand soignera-t-on les déficits cognitifs des neuroscientifiques ?

Jean-Luc Coudray

Narration : Mélaka